Dans le champ littéraire justement, au cours de ces années 90 où Guillaume Janot mettait en place son travail photographique, un auteur s'est distingué : Douglas Coupland, qui, avec Génération X et Microserfs notamment, a su trouver les régimes narratifs, les lexiques descriptifs et le Style - un style éminemment plastique - pour dire une génération qui vient après la fin de l'histoire. Aux grands modèles globaux d'intelligence du social devait succéder une procédure d'exploration de vies minuscules, de micro-histoires. Pour cela, il fallait inventer un style qui ne renie pas mais au contraire soit informé par la culture populaire, de MTV à Macintosh. Cette culture de la génération X transformée en dix ans en une génération.com, en passant du modèle de la télévision à celui de l'ordinateur.
Guillaume Janot a su créer un style singulier en assumant le syncrétisme. Il a su trouver les moyens plastiques de transcender les modèles de ses prédécesseurs, tout en réintégrant ce qui avait pu être filtré dans l'art par la photographie éditoriale, par la culture des magazines et de la communication visuelle. Puisque la publicité vend un package assemblant le produit et la vie qui va avec, il semble plus que jamais nécessaire d'inventer des images qui représentent les à-côtés d'une vie gouvernée par le parcours des couloirs de supermarchés et les heures passées face à la télé. Il assemble ainsi portraits métonymiques et paysages de fausse carte postale pour décrire un monde qui refuserait l'effet Prozac insidieux d'une société de consolation. Le monde ne correspond évidemment pas aux images diffusées par le journal télévisé, pas plus qu'à celles des tunnels publicitaires, des soap operas ou des reality shows. Les images du début des années 2000 produites par Guillaume Janot contiennent en filigrane toute la violence des événements récents, toute l'inquiétude générée par une sensation de perte de contrôle du sens de l'histoire. Sans pathos pourtant, elles jouent de plusieurs niveaux de discours, en maniant le symbolique et en assumant les séductions de la belle image. À ses yeux, une bonne image est celle qui est "à deux doigts de se casser la gueule".
Se succèdent dans les séquences qu'il assemble le cliché du coucher de soleil façon calendrier des postes et l'évocation de l'iconographie propagandiste du réalisme socialiste. C'est ce style frôlant les limites qui lui permet d'évoquer la rémanence des barbaries à l'ère d'un globalréalisme faisant fi des individus. L'ère du stress, de l'atonie face à l'agression, de l'angoisse face au pire qui est toujours à venir. Un climat de tension, traduit par son Paysage #25 à l'horizon d'une route de campagne, un arc-en-ciel sortant de nuages noirs. Une promesse de bonheur dans un atmosphère chargée, plombée.

— Pascal BEAUSSE